Fabuleux, vraiment? Cette épithète est-elle justifiée?
Eh bien oui, car, tout d’abord, l’ordre adressé à Monteverdi par son «employeur» le Duc Vincent Gonzague de Mantoue est sans équivoque: «J’ai décidé de faire représenter une fable en musique pendant la période de Carnaval.»
Fort bien, mais fabuleuse, la représentation donnée au Sentier l’était-elle également? Là encore, la réponse est positive, et la preuve en a été apportée par l’accueil triomphant d’un public enthousiaste.
Je tiens à évoquer ici ce qui m’amène à apporter mon témoignage par quelques brefs «coups de cœur».
Les historiens sont unanimes à dire que l’Orfeo est une illustration parfaite du genre de l’«intermezzo», c’est-à-dire qu’il faut insérer dans le fil de l’histoire des «intermèdes» dans le but tout naturel de divertir les auditeurs tout en maintenant active leur attention.
Dans cet esprit, la séquence où le
1er violon vient sur le devant de la scène en jouant une musique entraînante – avec une virtuosité que n’aurait pas reniée Paganini – est un modèle. Mais ce n’est pas tout: il se met à virevolter autour d’Orfeo, avec des mouvements semblables à ceux de ménestrels dans une taverne.
Revenons au début. Ici, pas d’ouverture au sens habituel, mais une «Intrada» solennelle jouée en lente procession, dans le dos du public, par les trombones et un grand tambour. Monteverdi intitule cette entrée «Toccata» (donc pas dans le sens qui désigne plus tard celle de J.-S Bach).
A la fin de l’œuvre, on retrouvera d’ailleurs cette ambiance recueillie dans la procession des interprètes quittant le lieu de l’action.
Pour conclure, je dirais encore que la variété générée par les nombreux contrastes de la musique s’exprimait à merveille grâce à une ingénieuse mise en espace des intervenants.
… Et les voix, me direz-vous?… Les mots (et la place) me manquent pour qualifier la part essentielle qu’ils ont prise dans la réussite de cet événement.
René Falquet