Mais oui qu’on les aime, nos enfants !
À tout âge, bien sûr, mais peut-être un peu plus particulièrement dans la période de la première petite enfance, entre 1 an et demi et 6 ans. Là, ils sont absolument craquants : ils quittent le statut de bébé pour une fabuleuse découverte de la vie… Les premiers pas hésitants, le début du langage, l’assimilation d’une nourriture diversifiée, l’apprentissage de la relation avec les parents, avec les frères et sœurs, la situation de soi dans un environnement complexe, etc., etc.
Notre époque est à l’éducation « bienveillante », c’est la tendance actuelle, celle d’élever ses enfants dans un positivisme permanent, en excluant toute forme de violence (physique ou psychique) et donc corollairement avec le moins possible de limites et de contraintes. Une philosophie qui, en théorie, est un idéal ne méritant que des éloges. Dans la réalité pratique, aïe… Car les petits, les chers petits ont vite compris ! À eux tous les droits ou presque ! Quand on ne veut pas, on manifeste avec des pleurs, des cris, des hurlements, les parents de la bienveillance haussent simplement les épaules… on tape, on casse, on court à travers l’appartement, les parents bienveillants laissent passer… on touche un peu tout dans les magasins, les parents modernes ferment les yeux… on ne veut pas ramasser ce qui est tombé, on ne veut pas ranger les jouets, les parents bienveillants sont désemparés et passent eux-mêmes à la tâche… Et si une remarque sur de tels comportements vient déranger cette vision parentale, la réponse fuse instantanément : mais madame, mais monsieur, vous n’y êtes plus, c’est un enfant !!! (sous-entendu : c’est tout à fait normal, passez votre chemin…)
L’éducation « bienveillante » qui voulait exclure toute violence en devient finalement la source, joli paradoxe ! Ainsi, par exemple, dans la profession enseignante nombre de personnes démissionnent, usées par un rôle forcé d’agent(e)s de police devant contenir l’agitation et la violence de leurs très jeunes élèves qui se permettent tout ; manifestement, de plus en plus de très jeunes enfants ont un comportement problématique. Un autre exemple : sans pour le moment l’interdire expressément, des établissements hôteliers ou de restauration envisagent même sérieusement de ne plus accepter de jeunes enfants : à nouveau le comportement agité et bruyant des bambins ainsi que la désinvolture de certains parents, n’est-ce pas triste d’en arriver là ? Certes ce style d’éducation n’est pas le seul facteur en cause, il y en a bien d’autres, mais c’est peut-être le plus important.
La stabulation libre ne devrait pas forcément être l’apanage de ces chers petits : l’empathie, l’acceptation des consignes, le respect de l’autre et de soi se forment aussi et encore mieux avec un cadre clairement délimité qui doit sans cesse être expliqué et renouvelé. En cas de transgression, et suivant le proverbe « Qui aime bien châtie bien », il importe que des sanctions éventuelles justifiées soient alors appropriées et proportionnées. Tout est question d’amour, d’équilibre, de nuance, mais néanmoins de fermeté vis-à-vis de ces chers petits !
Michel Hangartner