
C’est le lundi 12 mars que l’on a appris le décès de Georges Rochat, qui a lutté durant plusieurs années contre un terrible cancer.
Hommage lui a été rendu vendredi dernier au Temple du Sentier.
M. le pasteur Antoine Schluchter, nouveau dans la paroisse, saluait l’assemblée. Il donna ensuite la parole au pasteur Luc Badoux, qui connaissait bien Georges pour avoir joué au tennis avec lui et aussi pour avoir tenu de riches discussions. Le pasteur Luc Badoux a parfaitement cerné les traits de la forte personnalité de Georges, de ses engagements, tant sur le plan familial que culturel, industriel et sportif. Ce fut émouvant pour nous et surtout pour sa chère épouse Lise, ses enfants, petits-enfants et toute la famille.
Nous présentons à tous nos sincères condoléances.
Nous publions ci-après les hommages rendus par deux personnalités de sa Commune: son ami d’enfance M. Charles-Louis Rochat, ancien Conseiller d’Etat et Patrick Cotting, Syndic du Lieu.
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Dans le récent ouvrage consacré aux sobriquets de la Vallée de Joux, Georges-Hector y figure sous le surnom de «Churchill»… Personne à notre connaissance n’en connaît l’origine… fort ancienne puisque datant de l’école enfantine!… Allusion à une particularité physique? une rondeur crânienne de garçonnet rappelant peut-être celle du 1er ministre britannique…ou allez savoir… prémonition d’une convergence à venir entre des traits de personnalité communs, tenace, lutteur, visionnaire…
Parler de Georges, c’est se référer à un environnement, une éducation semblables et un compagnonnage parallèle de formation pour une part en tout cas… Dire les rivalités scolaires qui étaient bien plus motivations que jalousies… et relever au travers de ses nombreuses activités sportives le même sens qu’il a toujours donné à ses engagements.
Georges était un sportif aguerri, polyvalent, élégant dans la pratique, assidu à l’entraînement, performant dans la compétition mais jamais esclave de ce qui était à la fois défi d’homme et équilibre de vie. Gymnastique artistique, décathlon, ski, tennis le confortaient dans cette volonté de progression, ce profond désir d’accomplissement qui l’accompagna sa vie durant.
Et cette vie, riche, pleine, passionnante, parlons-en… Formation typique en regard du milieu entrepreneurial dont il était issu: Ecole Technique, Ecole d’ingénieur, Université… un parcours significatif d’un savant mélange de savoir pratique, d’application scientifique et d’ouverture à la recherche et au développement.
10 ans d’activité féconde au Laboratoire Suisse de recherches horlogères dont il devint sous-directeur non sans avoir dû imposer sa rayonnante personnalité «On travaillait avec lui et non sous ses ordres» diront plus d’un collaborateur de l’époque corroborant par là, la vision d’équipe sans laquelle rien n’est possible, que défendait ardemment notre ami.
Puis, notoriété internationale acquise, ce séjour en famille aux USA au prestigieux Institut de recherche de Stanford où l’élargissement de ses connaissances des concepts industriels allié à la constitution d’un solide carnet d’adresses le conforta dans ce besoin quasi instinctif d’ouvrir sa propre entreprise…
Et il le fit!… Différentes circonstances le motivèrent à établir son siège là où il entendait donner suite à l’histoire industrielle de sa famille. Rappelons l’incroyable défi… développer divers produits et systèmes de haute technologie microélectronique, les industrialiser et les vendre… Avec la gageure de constituer des équipes de chercheurs sur place, voire de les établir dans une région avec une belle qualité de vie certes, mais isolée tout de même d’un environnement scientifique stimulant.
Georges savait persuader, enthousiasmer, responsabiliser ses collaborateurs. Il défendait une vision saine de l’entreprise et de son rôle dans la société. Acquérir de la richesse, la réinvestir et aussi la partager. Il fut récipiendaire du prix de l’entrepreneur suisse de l’année en 1984. Cette flatteuse distinction, cette reconnaissance récompensait une volonté, un dépassement, une exemplarité. Elle eut des effets heureux sur la population combière, comme une sorte de fierté à laquelle chacun se prêtait à penser avoir une part de mérite… Elle contribua au désenclavement de la région et apporta au Conseil d’Etat vaudois une bouffée d’autosatisfaction dont raffolent les politiques…
Et l’entreprise Valtronic se développa, devint holding, affronta les aléas de la conjoncture et de son propre fonctionnement. Georges s’employa sans compter à maîtriser ces contingences, multipliant les contacts, les voyages à l’étranger tout en gardant une relation étroite avec ses équipes et une réelle accessibilité.
25 ans de lutte, de défis permanents dans lesquels alternaient succès et difficultés, espoirs et amertume… Quelle que soit la trajectoire de Valtronic, sa mutation, l’entreprise est toujours là, témoin d’une aventure prodigieuse…et nous voulons témoigner à Georges une reconnaissance et une admiration pour son parcours. S’il fut un rude adversaire-lutteur sur les ronds de sciure de notre adolescence, Georges était un homme de paix, droit, loyal, accessible et fidèle en amitié… Un homme de paix non pas de façade, mais bien d’action… ainsi il refusa toujours de travailler au profit du matériel de guerre. Un homme de partage aussi, lui qui prit le temps tout au long de sa carrière de s’investir au plan local, administrateur au Crédit Mutuel, Président de l’ADAEV, du Tennis-Club et du conseil communal du Lieu.
Un homme de tendresse, à ne pas s’y tromper lorsqu’on le voyait radieux auprès de ses petits-enfants.
Mais comment un tel engagement peut-il se renouveler si ce n’est par la nécessité d’un ressourcement et d’un appui inconditionnels. Georges savait déconnecter, par le sport on l’a dit mais surtout dans son cadre familial dont il était trés fier et heureux. Lise, nous nous inclinons devant la qualité d’accompagnement prodiguée à votre époux; dans la période de maladie qui l’a emporté bien sûr, mais plus encore dans votre parcours de couple où nous vous savions être l’épouse, la mère, la confidente, la conseillère, solidaire et aimante.
Sans fausse pudeur nous pouvons pleurer le disparu, même si et j’en suis certain, Georges nous appelle à continuer à progresser…
Chère famille, chers amis, la communauté combière partage votre deuil, elle vous dit sa tristesse et vous assure de son affection.
Restent la tendresse et l’Amour comme le proclame Hugo dans ses Contemplations.
«Aimons toujours! Aimons encore!
Quand l’amour s’en va, l’espoir fuit.
L’amour, c’est le cri de l’aurore,
L’amour c’est l’hymne de la nuit.
Ce que le flot dit aux rivages,
Ce que le vent dit aux vieux monts,
Ce que l’astre dit aux nuages,
C’est le mot ineffable: Aimons!
Aimons-nous toujours davantage!
Unissons-nous mieux chaque jour.
Les arbres croissent en feuillage;
Que notre âme croisse en amour!…»
Les Charbonnières,
le 16 mars 2018
Ch.-Ls Rochat
Chère Madame, Chère Famille affligée,
Mesdames, Messieurs,
Tout d’abord, permettez-moi de vous adresser au nom de la Municipalité, des autorités communales, de nos collaborateurs nos sentiments de profonde et sincère sympathie dans votre deuil.
Mesdames, Messieurs,
Rendre hommage à une personnalité telle que celle de Georges-Hector
Rochat n’est pas chose aisée tant il a marqué, une longue période de l’histoire de notre village et de notre commune, de son empreinte autant par son activité professionnelle qu’au sein des autorités de notre commune.
Georges-Hector est rentré au Conseil communal en 1986, durant toutes ces années, il a su par ses interventions, ses remarques, sa logique aider sa commune pour qu’elle garde le cap.
Un de ses regrets, peut-être, il me le faisait souvent remarquer: La Commune à beaucoup investit dans des infrastructures souterraines, au détriment des bâtiments, salle de sport, salle de concert, école. A chaque préavis, il me disait: «On n’a pas le choix, mais encore des tuyaux».
Je peux le rassurer, nous voulons investir dans une nouvelle structure autour du tennis et aussi améliorer le site autour du Lac Brenet afin qu’il puisse l’admirer d’où il repose.
Ses compétences, son exemple, sa disponibilité sans défaut, son engagement pour la chose publique, toutes ses activités, assumées avec une rigueur certaine, mais toujours en faisant preuve de philosophie. Qualité qui était pour lui indispensable, autant dans son rôle de dirigeant que dans sa vie privée.
Avec sa disparition, c’est tout un pan de la vie de notre village et de la région qui s’en est allé.
Homme de paix, philosophe au caractère élevé, ignorant les bassesses, Georges-Hector restera longtemps un exemple hors du commun pour chacun d’entre nous.
Merci Georges.
Patrick Cotting,
Syndic du Lieu