Les articles publiés sous cette rubrique n’engagent pas la rédaction.
Cette citation de Montesquieu est plus que jamais d’actualité! Nous venons de prendre connaissance des mesures prises par l’Etat de Vaud dans le but d’assurer plus de tranquillité hivernale pour la faune; ceci dans le district franc fédéral du Noirmont.
Je serai le dernier, comme surveillant de la faune durant 37 ans, pour contester une politique allant dans ce sens. Mais ce que l’on veut nous imposer est excessif. Je doute que ces dispositions très contraignantes soient vraiment respectées. Les populations concernées, tant du côté suisse que français, sont attachées aux principes de pouvoir se déplacer librement à travers forêts et montagnes. Et cette liberté, à laquelle nous tenons depuis très longtemps, est garantie par la Constitution.
Il faut regarder la carte des itinéraires encore autorisés pour les randonneurs à ski et en raquettes. C’est désolant, comme si on voulait «punir» les adeptes des grands espaces. Et pourtant, ces amoureux de la nature, motivés par l’effort et la contemplation, sont, à très grande majorité, des personnes respectueuses et sensibles à ce précieux patrimoine.
Par ma profession et aussi par passion, je connais bien la problématique du grand tétras. Il y a longtemps que l’on parle de zones sensibles dans lesquelles on se doit d’éviter des activités sportives, touristiques et autres. La préservation des zones d’hivernage a toujours été une priorité. Mais, interdire la traversée en longueur de la Combe des Begnines, cela ne va, en aucune manière, mieux protéger le grand coq. Cet oiseau est lié au milieu forestier. De même, interdire l’accès au sommet du Crêt des Danses, par l’arrête N.O. qui domine le Croue, n’est pas justifié, à mon avis.
Vouloir trop exclure l’homme de ces magnifiques régions, est un dogme aux effets pernicieux et amène une sorte de rejet que l’on ressent de plus en plus. Ce pauvre coq de bruyère est devenu un sujet d’irritation et de discorde. A l’évocation de son nom, des personnes se mettent tout de suite en colère. Alors que l’on devrait se réjouir de la présence de cette espèce mythique, symbole de vie sauvage dans des territoires bien préservés, on la regarde comme un symbole d’atteinte à la liberté. Cette relique de l’époque glaciaire ne devrait pas devenir un objet de luttes idéologiques, de dérision ou d’indifférence.
La Confédération a chargé les cantons de fixer des zones de tranquillité pour la faune. Alors qu’ils ont été beaucoup plus souples pour les autres réserves, à l’Est du canton, les responsables vaudois veulent imposer un diktat pour cette région chère à nos coeurs.
Serait-ce l’une des conséquences de la stratégie de Madame de Quattro, au nom des fameuses «mesures compensatoires» liées à la zone industrielle d’éoliennes géantes aux Grands Plats?
Les notions de bon sens qui ont fait la force de ce pays, sont-elles en train de disparaître?
Bernard Reymond